Quand la mission devient rencontre
Il y a des samedis pas comme les autres, où l’on sent que quelque chose va se passer. Je me suis inscrit comme bénévole pour la célébration du pape Léon sur la place de la Concorde et j’ai eu la chance, ou le privilège, d’être affecté au service de l’eucharistie sur la place de la Concorde elle-même, au plus proche de l’autel.
Au milieu de centaines de milliers de fidèles
Dès 8h00 du matin j’étais présent pour prendre mon service, connaître les consignes, les déplacements et répéter avec les 200 autres bénévoles de ma zone d’affectation. Puis, au fur et à mesure de l’avancement de la matinée, sont arrivés les fidèles avec les drapeaux, les chants, les prières murmurées, les familles serrées les unes contre les autres. Ils formaient une marée humaine compacte, mais étonnamment paisible.


Puis, soudain, la proximité inattendue : le pape à deux mètres
Et puis la foule s’est mise à scander le prénom du pape « Léon ». J’ai regardé sur l’écran géant le plus proche et j’ai compris que le pape, dans sa voiture était en train de remonter les Champs-Élysées. Tout le long, la foule de 800 000 personnes s’est massée pour le voir, être au plus près.
Une fois garé, il a rejoint le cortège des évêques pour gagner l’autel et débuter la cérémonie.
Et c’est à ce moment que j’ai compris que j’avais vraiment eu de la chance sur mon affectation de bénévole : le pape Léon avançait lentement, entouré de son service, mais étonnamment proche. Deux mètres. Pas plus.

Deux mètres, c’est la distance d’un souffle retenu. Deux mètres, c’est la distance où l’on voit les yeux, les rides, la fatigue peut‑être, mais surtout la douceur. Deux mètres, c’est la distance où l’on cesse de regarder un chef de l’Église pour voir un homme qui prie, qui bénit, qui porte.
Après le passage du pape, j’ai repris ma place dans les coulisses afin d’être prêt pour le moment dont j’avais la charge.
Le moment de l’eucharistie
Il y a des instants qui ne ressemblent à rien d’autre. Pas parce qu’ils sont spectaculaires, mais parce qu’ils sont vécus de l’intérieur, dans une sorte de calme inattendu.
Quand l’heure de la communion approche, tout s’accélère un peu. Les bénévoles de mon groupe se regroupent, les consignes se répètent une dernière fois, les ciboires sont distribués aux diacres. Et puis vient ce moment où tu prends en charge le diacre et où tu le guide jusqu’à son emplacement au travers de la foule compacte qui te fait perdre tes repères de la matinée, quand la place était vide.
Ce n’est pas compliqué, mais ce n’est pas anodin non plus. La foule est immense, compacte, impressionnante. Le diacre compte sur vous pour l’amener au bon endroit. Et vous, vous essayez de rester calme, clair, efficace, un pas après l’autre, en ouvrant doucement le passage. Les gens s’écartent avec respect, certains murmurent une prière, d’autres sourient. Le diacre suit, concentré, un peu ému lui aussi.
On arrive à l’emplacement. Le diacre commence à distribuer. Et moi, je veille.
Une fois sur place, le rôle change : j’ouvre le parapluie blanc qui m’a été fourni afin que les fidèles puissent savoir vers où se diriger ; je facilite le flux, j’évite les bousculades. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est essentiel.
Et, au milieu de cette foule gigantesque, il y a une étonnante douceur et un grand calme. Les gens avancent avec respect, les « Amen” se succèdent, les regards sont sincères. Le diacre distribue et tout se déroule dans une sorte de calme inattendu, malgré l’ampleur de l’événement.


Quand le diacre a fini, je l’ai simplement raccompagné.
Une fois la communion terminée, je reprends mon rôle et guide le diacre pour retraverser la foule, mais cette fois avec une sensation différente : la mission est accomplie, le stress est retombé.
Retour à la maison
De retour à Bussy‑Saint‑Georges, j’ai partagé avec mes enfants et petits-enfants ce que j’avais vécu : la foule, mon rôle, la proximité du pape et cette paix qu’il renvoie, de cette fraternité des hommes et des femmes que nous essayions de vivre sur notre Esplanade des Religions et des Cultures, notre :
« VIVRE ENSEMBLE »



